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Le grand voyage à cheval d'Adélaïde.
 
 

 

Voici le récit d'Adélaïde Moréteau, la belle amazone aventurière ranchalaise qui a entrepris et mené à bien un voyage de près de 600 km à cheval.
Une véritable aventure solitaire de plus d'un mois qui suscite une grande admiration pour cette jeune femme aussi charmante que forte et téméraire.
Bravo Adélaïde, bravo Django, et merci pour ce partage.

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Je m'appelle Adélaide, j'ai 22 ans aujourd'hui en 2020 et je fais des études d'herboriste. Je vais vous raconter mon voyage à cheval réalisé en 2017. Je suis partie de Ranchal dans le haut beaujolais et mon point d'arrivée était Ungersheim, en Alsace. A l'époque j'avais 19ans et j'avais arrêté la fac pour travailler à Paris afin d'économiser l'argent nécessaire pour mon voyage. Je suis partie seule avec mon cheval Django, un hongre semi appaloosa de 4 ans. Le départ à été fixé le 1er Juin 2017 pour une date d'arrivée vers la fin du mois. Voici mon récit :

Décembre 2016.

C'était décidé, j'allais partir à Ungersheim à cheval! A la découverte de ce petit village en transition situé entre Colmar et Mulhouse. Mon point de départ, c'était Ranchal, la village ou mon père habite et ou Django réside. Comme grandes villes, j'allais passer par Bourg en Bresse, Lons le saunier, Pontarlier et Belfort. J'ai acheté des cartes et j'ai tracé mon itinéraire en fonctions des GR. Je devais parcourir environ 600km, en calculant approximativement, ça faisait un mois de voyage. Il fallait que je m'achète une selle, une tente, des bonnes chaussures et un peu de matos pratique. Il fallait aussi que je prépare Django, il n'avait jamais été ferré, il ne connaissait pas la corde longue et je devais tester son endurance en rando quotidienne. Je devais également mettre un peu d'argent de côté pour les dépenses  durant le voyage.  Je me suis donné 5 mois pour me préparer. Départ prévu le 1er Juin 2017

1er Juin 2017 : 1er jour de voyage.

Prêts pour le départ ! Je m'étais acheté une selle mixte d'occasion (300€), une tente, des chaussures et un peu de matériel pratique; réchaud, boussole, matelas, chez décathlon (300€), mon père m'a prêté ses sacoches, j'ai récupéré un vieux sac militaire pour y glisser mon duvet et quelques vêtements, 2 petits sacs sur les côtés : l'un en cuir pour le nécessaire du cheval (brosse et granulés) et l'autre en tissus pour ma nourriture, mon sac à main avec toutes mes cartes, on était bons ! Lors de nos entraînements, Django avait vite compris le principe de la corde longue, heureusement car je ne comptais pas emmené de pré portatif. Tout ces bagages plus moi, cela faisait environ 100kg, j'avais prévu de faire entre 25 et 30km par jour ; Django avait de quoi être bien fatigué le soir ! Mais j'avais prévu de pas mal marcher moi aussi, surtout au début. Nous étions jeudi 1er juin 2017, et je m'apprêtais enfin à réaliser mon rêve !

2eme jour de voyage. Un bon départ.

Tout se passait très bien, il faisait beau, j'avais trouvé de jolis endroits un peu sauvages pour dormir, avec de l'eau à proximité et de l'herbe pour Django (les conditions pour monter ma tente en toute sérénité). Django était fraîchement ferré, il avançait à bonne allure et semblait content de se balader (il n'était pas au courant que la balade allait durer plusieurs semaines !)  Sur le chemin, je passais pas mal de temps à regarder ma carte et surtout à vérifier la solidité de mes bagages. Avoir un bagage qui ne bouge pas, qui ne casse pas et qui ne glisse pas, c'est primordial, dans le cas contraire le voyage a cheval peut véritablement être gâché par de continuels arrêts. Mon aventure s'annonçait de bon augure !

4eme jour de voyage. Pluie.

Vers 15h, il s'est mit à pleuvoir légèrement, j'ai jeté un œil à la météo et j'ai vu des prévisions de grosse pluie pour la soirée et la nuit. Panique à bord. Lorsqu'on est en voyage à cheval, la pluie est rarement notre amie. On a toute notre maison sur le dos du cheval, et même si on est équipé de bagages étanches (ce qui n'était pas mon cas; j'avais juste une cape en plastique qui me couvrait moi et une partie de mes sacs), il y a forcément des affaires qui se font mouiller. Du coup j'ai allumé mon radar à grange, cabane, maison abandonnée, tout ce qui pouvait nous proposer un refuge pour la nuit. Durant ce voyage, mon objectif et mon challenge, c'était de me débrouiller seule, je n'avais pas envie de demander de l'aide et un abris à quelqu'un (je me suis rendu compte par la suite que j'aurais dû). J'ai finis par trouver un abri à foin dans un pré ou il y avait déjà 4 chevaux. Je me suis dit tant pis j'y vais. L'abri était assez grand pour nous abriter Django, les bagages et moi. J'ai tendu ma corde longue pour nous enfermer à l'intérieur pour ne pas que les autres chevaux viennent nous déranger. Mais ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu.

5eme jour de voyage. Ce matin mon cheval a disparu.

Hier dans la soirée les 4 chevaux ont commencé à tourner avec insistance autour de la cabane à foin. Ce qui avait pour effet de faire piaffer et d'exciter Django. Après avoir longuement hésité, j'ai décidé de le lâcher dans le pré avec les autres (pour ma part je suis restée barricadée dans la cabane à foin  pour ne pas me faire piétiner). J'avais réussi à définir à la lueur du crépuscule 2 femelles et 2 hongres et en l'absence d'étalon, je me suis dit qu'il ne devait pas y avoir trop de dangers. Mais 4 chevaux représentent un groupe, et en tant que tel ils n'acceptent pas facilement un nouvel adhérent. Ils ont donc passé une bonne partie de la nuit à courser mon cheval, et à passer tous au triple galop à quelques mètres de la cabane à foin où j'essayais de dormir en vain. Il pleuvait, il faisait noir, les chevaux étaient surexcités donc dangereux, j'étais désarmée face à la situation. Vers 3h du mat, le calme est revenu, Django avait réussi à sauter une barrière pour échapper à l'oppression des 4 autres. J'ai retrouvé mon cheval dans la matinée (après un gros moment de panique) , le proprio des 4 chevaux qui habitait à côté, l'avait récupéré plus tôt le matin et enfermé dans un pré. Il m'a passé un savon en me disant qu'on ne pouvait pas squatter un pré sans demander la permission et encore moins quand il y avait des chevaux dedans. Il avait complètement raison. C'était pour moi une bonne leçon, et une expérience à ne pas reproduire. J'ai repris la route rassurée de n'avoir pas perdu mon compagnon !

6eme jour de voyage. Django est fatigué.

Lors de la 3e soirée, puis ensuite presque chaque soir, Django s'était littéralement écroulé par terre. J'ai tout de suite paniqué "mon dieu mon cheval est mort !", mais en m'approchant il avait relevé les oreilles et m'avait jeté un regard somnolent "t'as jamais vu quelqu'un piquer un somme ?". En fait, c'est assez rare de voir les chevaux complètement étendus . Il arrive souvent qu'ils se couchent mais généralement ils gardent la tête relevée, bien qu'ils puissent fermer les yeux et dormir quand même. Mais il faut savoir que le cheval est un animal de fuite et qu'il prend au pied de la lettre "garder l'œil ouvert" (bien qu'il s'agirait plus de "garder l'oreille aux aguets") et donc ne dors jamais assez profondément pour se faire surprendre par un potentiel ennemi. Or, ce à quoi j'assistais avec Django était un mélange d'épuisement et de confiance totale. Épuisement car il n'était pas habitué à faire 25km par jour avec presque 100kg sur le dos et qu'il nécessitait un sommeil réellement réparateur et donc profond (ce qui n'est pas indispensable lorsqu'il est au pré); et confiance car il ne me voyait pas comme un danger mais peut être au contraire comme une protection, sentiment relativement rare chez mes chevaux. Ses sommes ne duraient jamais plus que quelques minutes, après quoi il  se mettait à brouter durant presque toute la nuit.

7eme jour de voyage. Perte de Lancelot, mon chien.

Aujourd'hui, c'est la grande traversée de Bourg en Bresse. (Je reviendrais plus tard sur l'expérience de traverser une ville à cheval, le sujet du jour étant autre.) Avant que je parte, mon père a insisté pour que j'emmène son chien avec lui, cela le rassurerait, et il est vrai qu'un chien est un excellent compagnon de voyage (lorsqu'il est bien dressé). Lancelot était un croisé labrador âgé de 3 ans, un chien très affectueux mais un peu foufou et relativement sauvage. Au début j'ai hésité car l'organisation de mon périple devait s'adapter un peu à lui : prévoir des croquettes (poids en plus sur Django), responsabilité d'un animal en plus, complications si je voulais m'arrêter en auberge, etc.. J'ai accepté néanmoins car cela me rassurait aussi, et j'aimais bien ce chien que j'avais vu naître. Malheureusement, lorsque nous avons traversé Bourg-en-Bresse, il a soudainement disparu. Je pense qu'il est allé voler la nourriture d'un chat quelconque ou qu'il est parti découvrir le terrain comme il avait l'habitude de faire quand nous traversions des villages. Sauf qu'en ville c'est différent, à mon avis son odorat l'a trompé et il nous a perdus. J'ai passé la journée à tourner dans cette ville à la recherche de mon chien, en demandant à tous les passants s'ils l'avaient vu. Rien.
Vers 17h, j'ai été obligé de partir, la ville n'offrant rien de ce que mon cheval nécessitait pour passer la nuit. Il avait un collier avec mon numéro et était très attaché à Django et moi, j'en ai donc tiré la conclusion que quelqu'un l'a trouvé sympathique et a décidé de l'adopter (ou de le voler plus exactement). En tous cas j'espère encore aujourd'hui qu'il est dans une bonne maison et qu'il reçoit tout l'amour qu'il mérite.

8eme jour de voyage. Un centre équestre.

Hier en fin de journée l'office du tourisme a eu la gentillesse de contacter un centre équestre proche de Bourg en Bresse pour que nous puissions y passer la nuit avec Django. Ayant quitté la ville assez tard, nous sommes arrivés de nuit mais le centre a été très accueillant et m'a même prêté une chambre d'hôte. Une nuit confortable, avec douche et vrai lit, pour moi qui avais comme chambre depuis une semaine les écrins sauvages que la nature me proposait.  J'ai passé la matinée au centre équestre en espérant recevoir un coup de fil de quelqu'un qui aurait retrouvé Lancelot, mais à part les gentils appels de soutient et de personnes s'informant pour savoir si j'avais retrouvé mon chien, rien. J'ai donc décidé de reprendre la route. Bien qu'étant malheureuse d'avoir perdu l'un de mes deux compagnons, je gardais espoir de le retrouver. Je me suis dit que ça ne servait à rien d'attendre plus longtemps (mon père n'habitant pas si loin, il pouvait venir chercher le chien en voiture si quelqu'un le retrouvait). Après cette triste mésaventure, nous sommes donc repartis tel "the poor lonesone cowboy"…

10eme jour de voyage. Malade.

J'ai été malade hier. En fin de journée je me suis arrêtée dans un bar pour boire un petit coup et un paysan m'a proposé son pré pour la nuit ; j'ai accepté avec plaisir. Je me suis couchée tôt car la journée avait été éprouvante. Au milieu de la nuit j'ai vomi. Le lendemain j'étais assez faible, je me suis demandé ce qu'il m'arrivait et en réfléchissant un peu, je me suis souvenue avoir bu à plusieurs reprises dans des rivières. J'ai une confiance aveugle en ce qu'offre la nature, je consomme souvent des plantes, je bois l'eau des sources, et j'oublie que l'activité humaine transforme ces cadeaux vitaux en poisons. Les rivières dans lesquelles j'ai bu devaient traverser des champs de culture traités, ce qui m'a provoqué des crampes d'estomac. Nous avons quitté la ferme du paysan et nous avons marché un peu dans les montagnes à la recherche d'un coin sympa pour passer une journée de repos. J'en ai profité pour bouquiner, boire des tisanes de plantes des montagnes et bronzer au soleil, ça nous a fait du bien à Django et moi cette petite pause !

12e jour de voyage. Un cheval en ville.

Au début je ne voulais prendre que les petits chemins, je m'étais tracée une itinéraire sur les cartes en m'appuyant sur les GR 59 et 91 (grande randonnée). Mais je me suis rapidement rendu compte que ces sentiers sont dédiés essentiellement aux piétons, et il y a pas mal de passages pentus, rocailleux ou serrés qui étaient trop dangereux pour nous. Nous avons donc du quitter à plusieurs reprises les sentiers pour emprunter la route. Au début je craignais un peu que Django soit effrayé par les voitures et ce que représente la ville, mais il s'est avéré que mon cheval est très curieux, sociable et peu peureux (encore des qualités géniales pour un cheval de voyage !). Évidemment les gens nous regardaient, souvent avec un joyeux étonnement. Les boulangers  offraient du pain sec à Django, les enfants le caressaient, les parents prenaient des photos, quand nous sommes passé dans un quartier excentré, un garçon m'a demandé "madame est ce que si je viens caresser votre cheval, il va vouloir me manger ?", et une dame m'a même offert un sac de cerises ! Bref c'est une belle et originale expérience que de traverser la ville à cheval.

14eme jour de voyage. Django face à la vie.

Comment un cheval vit-il le voyage ? Finalement, il n'a rien choisi lui, il ne sait ni ou on va ni pourquoi, ni quand on arrivera. À-t'il seulement conscience du temps ? Du moins la même que nous, humain ? Je ne pense pas.. Les chevaux, comme beaucoup d'animaux sont des êtres qui ne déterminent pas la patience comme étant une qualité, ils la vivent simplement sans connaître le sens contraire du terme. "Vivre au jour le jour", qui d'autre que le genre humain ne le fait pas ? S'adapter tout en savourant ce que la vie nous offre en l'instant, sans se projeter dans un futur proche ou lointain, n'est-ce pas cela la leçon de bonheur que nous donne la nature ? Et observer, savoir apprécier la beauté du monde, sans en demander plus, voilà ce que l'on fait la plupart du temps en voyage à cheval . Et je pense que mon compagnon appréciait aussi cette longue promenade qu'était notre périple. Nous étions devenus deux contemplateurs, deux vagabonds conscients du vent et de la terre, deux amis traversant les montagnes de l'Ain...

15eme jour de voyage. Baignade en rivière.

Hier après midi , on est allé se baigner dans une grande rivière vers Champagnole, il faisait super chaud et j'ai décidé de faire une pause. C'était pas très pratique avec Django car les bords de rivière étaient un peu marécageux, mais mon cheval s'adapte à tout alors ça allait ! L'eau était bien fraîche, ça nous a fait trop du bien, j'ai même réussi à le faire nager un peu en étant sur son dos pour la première fois, une sensation vraiment géniale, c'est comme être sur un dauphin! En fin de journée on a croisé une roulotte tirée par un cheval de traie, on l'a suivi car on prenait le même chemin, et elle s'est arrêté dans une auberge qui propose des séjours en roulottes. Comme ils avaient des chevaux et donc des prés, et que Django pouvait y passer la nuit tranquille, j'en ai profité pour me faire une nuit de confort à l'auberge. Douche, grand lit, repas chaud, petit dej, le luxe !

17eme jour de voyage. Catastrophe, ma selle s'est cassée.

Hier, le siège s'est dévissé de la matelassure et l'arrière s'est écartelé. J'avais acheté cette selle mixte sur le boncoin, presque neuve, bonne qualité, 300€. Seulement, mes bagages (que j'attachais des deux côtés aux boucles) étaient adaptés à une vraie selle de voyage, solide et résistante, et non pas à une selle mixte bonne pour des randonnées de 1 ou 2 jours.. Je l'ai rafistolé avec de la ficelle mais je savais que ça n'allait pas tenir longtemps. J'ai passé la soirée seule au bord d'une rivière à essayer de réparer ma selle, je n'avais pas de réseau, ne pouvais donc appeler personne. J'étais dévastée . Sans selle, pas de bagages, sans bagages, pas de voyage.. Que faire ? Appeler mon père à la rescousse le lendemain pour qu'il vienne nous chercher en van ? Tout abandonner maintenant ? J'ai passée la soirée à me remettre en question, à chercher des solutions, je me sentais seule.. . Le lendemain, (la nuit porte conseil) j'ai eue l'idée de demander à mon père de m'apporter une selle de rechange. Nous étions à quelques heures en voiture de Ranchal, et mon père, ayant des chevaux avait d'autres selles. Mon copain de l'époque est venu me rejoindre en train avec son velo pour m'accompagner quelques jours. Je n'étais plus seule et mon voyage ne s'arrêtais pas la, ouf !

18eme jour de voyage. Cascade.

Hier, nous avons passé la nuit au bord de la cascade "Les Gras", au dessus de Pontarlier, avec la chaleur du mois de juin, dormir au frais nous a fais du bien ! Ma selle ne ressemble plus à rien, elle est rafistolée de partout, il devient urgent de s'arrêter pour attendre la venue de mon père avec la nouvelle selle. Vers midi, en faisant quelques courses à Villers-le-lac, on a rencontré un gars qui nous a proposé son pré pour quelques jours. On ne s'attendait pas à ça, son pré était un véritable paradis terrestre : entièrement fermé donc Django pouvait être en liberté, avec comme 4e barrière la magnifique rivière du Doubs, avec ses rochers, ses grottes et ses falaises. Au fond du pré, il y avait une petite cabane de pêcheur, un balcon avec vue sur la rivière, un escalier y descendant et une petite barque en bas. Ce coin était un véritable coup de cœur, un des plus beau jusque là ! Nous avons décidé d'y passer 2 jours, mon père devait arriver le lendemain.

19eme jour. Quand on peut enfin se faire un bon galop à cru !

Aujourd'hui on est allés faire des grosses courses pour nos 2 jours de "vacances" au bord de la riviere. J'y suis allée à cheval car c'était mon seul moyen de transport ! Les gens étaient étonnés quand j'ai attaché Django sur le parking du supermarché, beaucoup sont venus le caresser. C'était un vrai plaisir de pouvoir le monter sans les bagages. L'après midi on est allés se baigner dans le Doubs, j'ai fais nager un peu Django, la natation c'est excellent pour les chevaux, ça fait travailler leurs muscles et ça les détend à la fois. On a fait un peu de barque aussi, on est allé visiter les grottes et les falaises. Et le soir mon père est arrivé, on a fait un bon repas et on a veillé à la lueur d'une bougie et au chant de la rivière... "Plenty is no plague" !

21eme jour. Aujourd'hui on passe en Suisse !

Ce matin on a quitté notre coin paradisiaque, bien reposés et avec de beaux souvenirs en poche. En milieu de journée on a traversé la rivière Franco-Suisse, c'était trop beau. On a décidé de suivre comme il faut le GR mais après plusieurs heures d'un long chemin sinueux au bord de la rivière on s'est retrouvé face à un immense escalier. C'était marrant en pleine forêt, mais Django avait beau être un cheval d'adaptation face à beaucoup de situations, il était néanmoins incapable d'emprunter un escalier d'au moins 8m en descente large de pas plus 70cm! C'est ça le truc des GR, les chemins sont magnifiques et originaux mais la plupart du temps adaptés aux piétons.  On a été obligé de rebrousser chemin.. Ça nous a mis un coup dur mais ce sont les aléas du voyage. Le soir on a trouvé un coin sympa au bord d'une rivière, il y avait une table de pique nique (on ne se rend pas compte mais c'est super agréable de manger sur une table quand on passe son temps à casse-croûter par terre !) on a même pu faire un petit feu dans un endroit adapté. Il y avait pas mal de taons qui ont embêté Django, c'est le désavantage des endroits chauds et humides. Mais une fois la nuit tombée, ils ont laissé mon cheval en paix et place aux moustiques qui nous ont attaqués, nous.

22eme jour. Barbecue en Suisse.

Hier en fin d'après midi, on s'apprêtait à quitter la Suisse quand on est passé devant une maison où un couple de soixantenaire mangeait un barbecue. On leur a dit bonjour et on en a profité pour leur demander un peu d'eau comme on était pas sûrs de pouvoir s'arrêter près d'une rivière le soir. Finalement, après avoir papoté un peu, il s'est avéré que le couple était vraiment très sympa, ils nous ont d'abord invités à partager leur barbecue (il était 18h donc on avait déjà faim), on a accepté avec joie. On a partagés aussi une ou deux bouteilles tant et si bien que la nuit arrivait presque et que nous n'avions toujours pas trouvé un endroit pour planter le campement.  Le couple de Suisse nous a proposé un petit terrain pas loin de leur maison pour passer la nuit et nous ont même invités à petit déjeuner avec eux le lendemain matin ! On était trop contents, ils étaient vraiment adorables. Souvent, en voyage, les gens rencontrés sont un peu sur leur garde au début, puis se détendent au fil de la discussion et finissent par carrément vous inviter à manger, dormir voire même passer quelques jours chez eux ! Un voyageur, c'est d'abord un conteur d'aventures et ensuite une oreille attentive. Le voyageur ne vous connais pas et vous est redevable de ce que vous lui offrez. Et comme il n'a pas grand chose de matériel sur lui, en échange, il vous fait entrer dans son voyage, il offre son temps, sa bonne humeur, ses histoires, et il est là pour écouter les vôtres sans jugements aucun et les gens apprécient cela. Durant mon périple, j'ai eu la grande chance de rencontrer plusieurs personnes vraiment gentilles et accueillantes. Parfois on a gardé contact, parfois non. Mais c'est certain que je ne les oublierais pas et que si un jour elles viennent frapper à ma porte, à mon tour je les accueillerais les bras grands ouverts.

23eme jour. Nous voilà à nouveau seuls Django et moi !

Et ça fait du bien. Me voilà  à nouveau maître de mes décisions, libre de m'arrêter ou je veux, de passer par ou bon me semble, de pouvoir bouquiner et dessiner tranquille. Le couple c'est chouette mais ça prend du temps. Et pas seulement en voyage. À deux on partage le temps, on en a donc forcément moins pour soi. Et le but de mon voyage, c'était aussi et surtout de passer du temps seule. D'un naturel solitaire, j'avais envie de pousser l'expérience jusqu'au point de vivre en totale autonomie (ou presque). J'avais envie de n'avoir que moi comme guide, comme maître, comme conseiller, me faire une sorte de test, voir jusqu'où j'étais capable d'aller. Évidemment il y avait Django, des lors, ma solitude prenait un aspect moins effrayant. Voyager avec un animal, c'est accompagner sa solitude. Mon cheval était présent, réconfortant, affectif, épaulant, sans jamais l'être trop. Ce dont on ne peux pas toujours dire des humains. Et bien sûr, il y a les aspects négatifs de la solitude, ceux que j'allais découvrir plus tard, mais pour le moment, j'étais heureuse et libre, le soleil brillait toujours et je mangeais des fraises des bois !

25eme jour. Qui suis-je ou vais-je ?

Ce jour là c'était un peu la déprime. Je me posais pas mal de questions, ma famille me manquait, et tout m'énervait. Je ne voyais plus vraiment l'intérêt de tout ça, à quoi bon aller à cet eco-village, à quoi bon continuer d'avancer ? Heureusement, ce n'était pas moi qui avançait, mais mon cheval. Et pendant que je mâchais mon cafard sur son dos, lui il marchait. Il n'avait pas fait très beau dernièrement, et ça jouait aussi : voyager sous les nuages ou avec le froid ce n'est pas agréable, et malgré tous les désavantages d'un soleil de plomb, le soleil reste lumineux et chaleureux. Les paysages étaient jolis mais je n'arrivais pas à les regarder. Je pensais à tout et à rien à la fois. Je ne souriais plus, du coup les gens que je croisais ne me souriaient pas non plus. Je me laissais transporter par le pas régulier de mon compagnon. Comment faisait-il lui pour avoir toujours le moral ? Je n'avais qu'une envie c'était d'être dans un canapé confortable devant un bon film et des cookies maison.  J'ai mangé mes vieux restes: une carotte, un bout de pain et une boîte de sardine. J'ai filé la moitié des 2 premiers à Django. Ce repas ne me remonta pas le moral. J'ai mis un pull en plus parce qu'il faisait de plus en plus frais. À l'horizon un orage s'annonçait , j'en frissonnais déjà. Les jours de pluie m'imposaient le devoir de trouver un abri, sous peine de tremper mes affaires le temps de monter ma tente et de risquer de rester humide jusqu'à ce que le beau temps revienne. Je détestais ça, il n'y a rien de pire que d'être humide à cheval. Dans ce cas il faut marcher avec lui, sinon c'est la pneumonie assurée. J'ai regardé ma carte, mon activité principale de la journée. Et j'ai remarqué que je m'étais encore trompé de route, c'était le coup de trop.

26eme jour de voyage. Permaculture & supermarché.

La veille, perdue dans mes pensées et sur les chemins des montagnes du Doubs, je m'inquiétais des pluies qui s'annonçaient. Nous avancions, Django, mon cafard et moi, en espérant trouver un refuge miraculeux. Et vers 15h, alors que les premières gouttes commençaient à tomber, nous sommes passés devant un grand jardin de permaculture. Je me suis arrêté pour le regarder (je suis passionnée par les plantes), et le proprio m'a interpellée. Nous avons parlé voyage à cheval, puis potager et il a fini par me proposer un bout de terrain et une caravane pour la nuit. Je ne pouvais pas rêver mieux. On s'est donc installé avec Django, et j'ai profité d'un timide rayon de soleil vers les 17h pour filer un coup de main dans le jardin. Après avoir cueilli quelques petits poids, et pris des photos sous leurs énormes tournesols, la femme du proprio est arrivée avec un petit troupeau de chèvre, c'était chouette à voir ! Ils ont eu la gentillesse de m'inviter à manger et à prendre une douche, ça m'a bien remonté le moral. La nuit a été terriblement orageuse, avec des pluies violentes. 2 fois dans la nuit je suis sortie de la caravane pour vérifier que Django allait bien. . Au matin, la tempête s'était calmée mais n'avait pas dit son dernier mot pour autant. Nous étions dans une période de grosse chaleur, et le temps était très irrégulier et virait souvent à l'orage. Nous avons traversé Montbéliard (sur la photo c'est le marché ouvert de Belfort ou j'étais le lendemain, le temps était le même). En ville, j'ai fais quelques courses dans un grand supermarché (les gens s'attardaient sur mon style vestimentaire de cavalière sauvage) ! Mais en repartant, j'ai mal calculé mon itinéraire, la ville de Montbéliard s'étalant pas mal, j'ai eu du mal à en sortir, et on tournait encore autour des résidences excentrées à 17h. Je commençais à (encore) m'inquiéter pour la nuit. La ville ça peut faire très peur quand on y est coincé avec son cheval alors que le soleil se couche.

27eme jour. Ça y est, nous étions en Alsace !

Nous approchions du but. Après une bonne journée de marche, le moral bien récupéré, nous sommes tombés sur un super coin. Au bord d'un grand étang qui paraissait propre vu les poissons et les plantes sauvages en bonne santé. Un petit coin sous un arbre pour planter ma tente, une belle prairie d'herbe derrière pour le plaisir de mon cheval et surtout cette belle étendue d'eau qui me promettait une bonne baignade ! Je ne me suis pas amusée à faire un feu sachant qu'il y avait des arbres autour, et avec un chemin de randonnée plus loin, je ne voulais pas non plus attirer l'attention. Je me suis fait un bon repas devant un magnifique couché de soleil (chose que je n'avais pas eu le plaisir de voir depuis quelques jours à cause des fréquentes tempêtes de pluies). Les plaisirs du voyage, c'est aussi celui de dégoter des endroits paradisiaques pour le temps d'une soirée. Partager un moment avec les oiseaux, le vent et se dire qu'on est bien. Et repartir le lendemain matin, après son salut au soleil, et en laissant l'endroit aussi propre que si on y avait jamais été. Une belle fin de voyage s'annonçait !

28eme jour. Les Vosges !

En attaquant les chemins sinueux des montagnes Vosgiennes, nous avons fait de belles rencontres bovines. Le soleil était au rendez vous mais plus on grimpait, plus le vent soufflait. Cette région n'avait rien à voir avec les vallées de l'Ain que nous avions quitté quelques jours auparavant. Les petits villages avaient laissé places à quelques maisons rustiques éparses, les hôtels de montagne avaient remplacés les gîtes fermiers, le paysage avait échangés ses fraîches forêts parsemées de rivières par d'immenses pâturages pentus de vaches Salers. À un moment, le chemin nous faisait passer par un pré clôturé. Ce n'était pas la première fois que nous nous trouvions face à ces passages "seulement humain". Cela consistait  soit en un petit escalier de 2 ou 3 marches en bois, large d'une cinquantaine de cm, qui représentait une sorte de pont au dessus de la barrière. Évidemment impraticable pour les vaches et les chevaux. La deuxième "astuce" consistait à disposer une surface constituée de barres métalliques au sol, de sorte que si un sabot venait à s'y aventurer il resterait coincé entre les barreaux et déclencherait assurément une patte cassée. Très rares sont les bovidés et équidés qui osent s'aventurer sur cette ferraille, leur instinct leur interdit. Toujours est-il que ce genre de passages très jolis et amusants pour des piétons était bien embêtant pour mon cheval ! Heureusement j'ai repéré la porte du pré un peu plus loin et nous nous sommes donc aventurés sur le sentier au beau milieu du troupeau (qui était la par hasard vu la grandeur du pré), très impressionnant mais chouette à voir. Le soir une vieille dame nous a indiqué un ancien centre de loisir pour passer la nuit. Un grand bâtiment abandonné avec des tas de couvertures et des jeux de sociétés sur des vieilles tables poussiéreuses. J'ai trouvé ça un peu glauque mais vu le vent qui soufflait de plus en plus, j'ai pas chipoté. Django à visité aussi puis est ressorti brouter !

29eme jour. On est arrivé au ballon d'alsace !

À plus de 1200 mètre d'altitude, ce sommet offre une vue prestigieuse sur les montagnes des Vosges.  C'était magnifique, avec un temps toujours très venteux mais ça rajoutait un côté fougueux au spectacle. On en a profité pour faire quelques photos avec la statue de Jeanne d'Arc. J'ai mangé mon pique nique du midi devant le paysage et des myrtilles de la montagne en dessert. Un chouette moment ! Dans l'après midi le temps est devenu très nuageux, brumeux et froid, j'ai commencé à chercher activement un sérieux refuge.

30eme jour. Un peu de confort.

Et voilà, c'était le dernier jour du mois de juin. Le jour où j'avais prévu d'arriver à Ungersheim.. Ca faisait un mois tout pile qu'on voyageait avec Django, qu'on marchait presque tous les jours en direction d'un objectif que je doutais parfois d'atteindre. Ungersheim était encore à quelques kilomètres de la ou nous étions, au moins 3 jours de marche. J'étais déçue de ne pas avoir atteint mon objectif premier qui était d'arriver le 30 juin, mais je n'étais plus très loin et je devais garder ma motivation. Le moteur c'est elle, il ne faut surtout pas la perdre, et je savais qu'en cet instant elle était fragile. Mais souvent, lorsqu'on veut sincèrement quelque chose, les éléments font en sorte de nous aider. J'en avais encore eu la preuve la veille. Alors que nous descendions de notre ballon, le brouillard et son ami le froid sont venus nous picoter les naseaux. Les paysages étaient toujours aussi beaux, bien qu'on n'y voyait pas grand chose et que j'avais pas forcément le cœur à jouer la contemplative. Je savais que si je devais passer une nuit dehors par ce temps, ça allait me mettre un sacré coup au moral, et j'avais pas envie de m'infliger ça. Du coup il fallait à tous prix dégoter un refuge. N'ayant rien trouvé sur ma carte, j'ai utilisé les grands moyens: internet. Alléluia il y avait du réseau et encore plus alléluia, à quelques kilomètres plus loin, un hôtel restaurant de montagne était ouvert ! Lorsqu'on est arrivés, c'était encore mieux que ce que j'espérais : il y avait un grand pré à vache à côté et le proprio qui tenait l'hôtel à accepté d'y mettre Django, les dortoirs étaient vides et pas chers car c'était la période creuse, et surtout... Le petit déjeuner a volonté était inclus !! J'étais aux anges.

31eme jour. Police !

Ce matin la, nous nous sommes fait réveiller par la police. La veille, alors que nous descendions de nos montagnes et retrouvions petit à petit la civilisation, je demandais à tous les gens que je croisais s'ils connaissaient un maréchal dans le coin. Un vendeur ambulant de sandwichs m'a donné le numéro d'un de ses amis qui avait des chevaux. De coups de fils et en aiguille, j'ai réussi à trouver le maréchal, alléluia ! On est arrivé chez lui en après midi, il a eu la gentillesse de ferrer Django tout de suite. On était content tous les deux, mon cheval claquait sec le goudron et moi j'étais rassurée pour ses pieds. Mais le soir on a galéré pour trouver un endroit, et le seul coin sympa que j'ai trouvé (assez tard d'ailleurs) c'était au bord d'un étang communal. Quand je suis sortie de ma tente, réveillée par le soleil déjà chaud, je suis tombée nez à nez avec deux gendarmes qui caressaient Django et regardaient ma tente d'un drôle d'air. Autour, il y avait 1 pêcheur et 2 promeneurs, ça faisait du monde au sortir de ma chambre ! Les gendarmes ont été sympas et m'ont juste prévenus à juste titre qu'il y a des lois même pour les lieux communaux et qu'il faut les respecter car c'est un endroit partagé, et que normalement c'était une amende. On est repartis en faisant claquer nos fers et content de pas avoir du payer 100 balles !

32eme jour. Grand détour.

Si tout se passe bien, nous devrions arriver après demain à notre destination finale. Aujourd'hui on a fait un sacré détour parce que depuis 2 jours je confonds 2 villages (Ensisheim et Eguisheim qui est beaucoup plus haut, donc en fait on est allé trop loin). Donc là on fait un genre de demi-tour, c'est un peu bizarre mais ça nous fait voir du pays. On est passé dans plusieurs jolis villages alsaciens, avec leurs maisons particulières en toit de chaume et avec leurs nids de cigognes au sommet. Depuis que nous sommes redescendus de nos montagnes vosgiennes, le temps est redevenu sec et chaud. Le voyage touche à sa fin, une lueur de nostalgie commence à s'installer...

33eme jour au réveil. Baignade dans un lac.

Ce matin la on s'est réveillé au bord d'un lac mais cette fois autorisé et même invités ! On aurait pu arriver la veille à Ungersheim mais ça nous aurait fait arriver trop tard le soir. Ma mère m'a appelé pour me dire qu'elle avait prévenu le maire du petit village alsacien, chose à laquelle je n'avais pas du tout pensé. Au début je n'ai pas trop réagi, mais en y réfléchissant j'étais bien contente car ça aurait été un peu triste d'arriver comme ça et qu'il ne se passe rien. Du coup je savais qu'un petit comité d'accueil m'attendait, composé du maire de Ungersheim et d'une journaliste venue exprès pour ça, la classe ! Je cherchais donc un dernier coin sympa pour passer la nuit à quelques kilomètres de ma destination, quand j'ai repéré sur ma carte un grand lac qui paraissait assez sauvage. Sur place c'était moins accueillant : l'entrée du chemin goudronné pour accéder au lac était barrée d'une grande porte en ferraille cadenassée, et tout le tour était barricadé. Avec un grand panneau "étang privé, réserve de pêche". Pas très sauvage tout ça.. Sauf qu'au moment où j'allais partir, une voiture est arrivée, 2 bonhommes en sont sortis et sont entrés. Je leur ai demandé si je pouvais passer la nuit à l'intérieur du terrain, au bord du lac. Ils m'ont dit pas de problème, installe ta tente ou tu veux et viens boire un canon avec nous. Trop sympa ! C'était 2 potes pêcheurs qui venaient prendre l'apero au frais. Du coup je leur ai raconté mon aventure ; bien sûr ils connaissaient Ungersheim, on était pas loin du tout. Quand ils sont partis je me suis fait une petite baignade (avec leur accord préalable) et j'ai mangé quelques cerises aux arbres en montant sur le dos de Django. J'ai eu du mal à fermer l'œil cette nuit là. Ça y est, je touchais au but, et ça signifiait que mon voyage touchait à sa fin. J'étais fière et triste. J'avais envie de continuer mais j'étais fatiguée. Tout se contredisait dans ma tête. On se rend pas compte, mais c'est vraiment pas évident de finir un voyage. Et j'allais encore plus m'en rendre compte en arrivant…

34eme jour. Arrivée.

Début d'après-midi Tadam Tadam Tadaaaaam !! "Ungersheim. Vous êtes arrivés à destination"! Incroyable ! On avait réussi. J'étais trop contente, je pense que Django l'a ressenti car sur les derniers kilomètres il s'est mit à avancer plus vite. Je crois qu'il avait hâte d'arriver lui aussi, de découvrir l'endroit mystérieux ou l'emmenait chaque jour sa cavalière. Il n'y avait pas grand monde quand je suis arrivée, le soleil plombant et l'heure de la sieste oblige ! Je suis allé toquer timidement à la mairie. Monsieur Mensch, le maire, m'a accueilli les bras ouvert et m'a offert un jus de pomme au frais. La journaliste est arrivée peu après pour écrire son petit article. En ce milieu d'après-midi, j'étais toute désorientée. Le maire, adorable, avait invité son adjoint et quelques personnes du village intéressées par mon périple, à faire un petit apéro le soir. Il avait également demandé à un ami à lui de nous héberger avec Django. Moi, j'étais désarmée face à tant de gentillesse et de soins. Je n'étais plus habituée à ça. J'avais l'impression d'être une sauvage qui débarque en ville. Je n'avais qu'une envie, c'était reprendre ma routine de fin d'après midi : commencer à chercher un coin sympa pour la nuit. Il était 16h et je ne savais plus quoi faire. Alors je suis allée à la bibliothèque du village et j'ai lu des Thorgal pendant une heure. Ça m'a fait bizarre, je me sentais pas vraiment à ma place dans cette bibliothèque propre et silencieuse et moi avec mon chapeau, mes guêtres et ma dégaine de Calamity Jane. En sortant ça n'allait pas vraiment mieux. J'avais réussi à déconnecter pendant 1h mais la j'étais à nouveau perdue. Tel un petit animal apeuré, je me laissais guider par l'ami du maire qui me montrait le petit parc ou Django pouvait paître et m'invitait à m'installer dans la chambre qu'il avait mise à ma disposition. Mais tout ne se passa pas comme prévu, mon corps était épuisé et mon esprit perdu, et sous l'afflux des émotions, j'ai craqué...

35eme jour. Coup de blues.

Le soir, il était 17h, alors que nous étions avec l'ami du maire qui nous expliquait comment nous installer, mes nerfs ont lâchés. J'ai réussi à me contrôler le temps d'expliquer au bonhomme que je préférais aller m'installer dans la nature, que j'avais besoin de me retrouver seule et de réaliser tout ce qui venait de se terminer. Il a eu la gentillesse de comprendre et m'a indiqué une rivière pas très loin avec des coins un peu sauvages. Je l'ai remercié vivement pour sa générosité et me suis excusée d'être aussi sauvage. Je suis remontée sur mon cheval et nous sommes partis en direction de la rivière. Et sur le chemin, j'ai enfin craqué, j'ai laissé déferler toutes les larmes de mon corps. J'avais envie de crier, j'étais en colère et soulagée à la fois. J'ai fait, pour la première fois de ma vie, ce qu'on appelle une crise de nerfs. Et je pense que ça traduisait surtout de la détresse fasse à l'impression de finalité. Mon voyage était fini, mon but était atteint. Qu'est ce que j'allais devenir maintenant ? Jusqu'à cet instant, chaque jours pendant 1 mois, je savais pourquoi je me levais, ou j'allais et comment. Et en cet instant, j'avais l'impression que ma raison de vivre s'était effondrée de part son aboutissement. C'était très dur. Je n'ai jamais pleuré aussi longtemps. Je devais avoir l'air folle à geindre sur mon cheval. Django, d'ailleurs, vivait la situation avec confusion, il n'arrêtait pas de tourner les oreilles, il était stressé, ne comprenait pas. Il était tellement perdu que parfois il s'arrêtait d'un coup. Sa confusion m'a fait presque rire, il m'a rappelé un peu à la réalité, un instant ça m'a fait du bien. J'ai trouvé un coin sympa en pleurant, attaché mon cheval en pleurant, monté ma tente en pleurant. Il était au moins 19h. Et puis j'en ai eu mare, je me suis déshabillée et j'ai sauté dans la rivière. Elle était bien froide, ça m'a remis les idées en place ! Je me suis couchée pour la dernière fois de ce voyage dans ma petite tente. J'ai fermé mes yeux gonflés et trouvé un sommeil bien agité.

36eme jour. Fin.

Je me suis réveillée au bord de la jolie rivière La Thur avec les yeux encore un peu rouge. Mais la nuit m'avait fait du bien et mes idées étaient claires. Après une baignade matinale (le soleil tapait déjà fort), j'ai remis les bagages sur Django et nous sommes reparti à Ungersheim. Je me suis excusée auprès du maire de n'avoir pas pu participer au toast porté en mon honneur la veille, et lui ai raconté ma crise de nerf de fin de voyage. Monsieur Mensch, très gentil et compréhensif, a compris. Notre retour était prévu en van. Comme c'était le premier voyage de Django et que l'été s'annonçait caniculaire, j'ai préféré ne pas tenter un voyage retour. Le van que je souhaitais louer était à Fribourg, en Allemagne, à quelques kilomètres du village. Mais il n'était disponible que 10 jours plus tard. Un ami du maire possédait 2 chevaux de trait- et c'est d'ailleurs à ces derniers que Ungersheim doit en partie sa notoriété, ça et leur monnaie locale : le radis, ainsi que leur jardin partagé et bien sûr l'écomusée d'alsace qui se trouve à proximité. Si le reportage vous intéresse ça s'appelle "Qu'est ce qu'on attend" de M. M Robin.- Mais je reviens à mon histoire ! On s'est tous mis d'accord pour laisser Django (et les bagages) 10 jours avec les chevaux du village. Je passerai le prendre ensuite en van pour le rapatrier à Ranchal. Pour ma part, je suis partie en train, avec juste mon petit sac à dos, chez ma mère à Paris passer 2, 3 jours. La transition était bizarre : passer d'un environnement on ne peut plus nature à un appartement parisien, on fait difficilement plus opposé. Mais ça m'a fait trop du bien, je me suis fais chouchouté par ma maman, j'ai pu lui raconter mes aventures et je savais que mon cheval était avec des copains et qu'on prenait soin de lui en m'attendant. Une belle aventure venait de s'achever, mais en vérité, entre Django et moi, tout commençait ! 10 jours plus tard, on est venu avec le van chercher Django à Ungersheim. On en a profité pour visiter l'écomusée qui est magnifique, et faire quelques balades dans le mignon village alsacien. On a vu le jardin partagé et à quoi ressemblent les radis (monnaie locale: de gros billets colorés). Je suis allé faire un coucou au maire et le remercier mille fois d'avoir pris soin de Django. Je lui ai proposé de venir à son tour visiter ma belle région du haut beaujolais, (peut être pas à cheval m'a t'il dit... ) ou je l'accueillerais avec grand plaisir !  Quand je suis allé chercher Django, je l'ai trouvé moins souriant que d'habitude (je trouve que la bouche de l'animal en dit long sur son humeur). Il venait de passer plus d'une semaine avec deux copains : des chevaux de trait utilisés pour labourer le jardin partagé et parfois faire le ramassage scolaire en calèche, les deux mascottes du village. Mais en ces périodes de sécheresse, et Ungersheim étant situé dans une plate région aux nombreuses cultures céréalières, ces chevaux ne jouissaient pas de prairies en herbe. Ils étaient dans un parc en terre et nourris au foin et au grain (comme dans beaucoup d'endroits en fait. Je me suis rendue compte, notamment en passant du temps en Andalousie que les chevaux de prairie sont chanceux). Et mon petit cheval qui avait toujours connu les pâturages et qui venait de passer 35 jours de voyage avec de la belle herbe de talus tous les jours, se sentait un peu dépaysé. Moi j'étais surtout contente que monsieur Mensch s'occupe de lui tout ce temps, et encore plus contente de retrouver mon fidèle ami et partenaire de voyage ! Il semblait aussi très heureux de me revoir et il est rentré pour la première fois de sa vie avec beaucoup de facilité dans le van, ce qui m'a soulagé, moi qui appréhendais ce moment. Nous sommes repartis direction Ranchal en faisant de grands signes à ce joli village qui aura été le but d'un magnifique périple. J'étais heureuse que tout finisse bien, et surtout, j'avais hâte de recommencer !


Itinéraire approximatif

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Il s'agissait de Clara Gaton, la tante d'Adélaïde qui avait voyagé à cheval de la Toscane à Ranchal avec son ami italien :
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Vous pouvez aussi lire "la grande évasion d'André Lièvre" ici :
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