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L'histoire du camp allemand

Le camp allemand a été construit à Ranchal à partir de la fin de l'année 1942 et démonté en Juin 1944.

Je tiens à remercier vivement Monsieur Jean Forest qui a fait une étude très complète sur le sujet en 2002, c'est sur cette dernière que s'appuient la plupart des informations qui  suivent.
En 1943, ce Monsieur découvrit sur la commune de Saint Vincent une quantité de petites bandelettes d'aluminium (1 cm x 25 cm). Il su plus tard que ces feuilles étaient larguées par la royal air force pour tromper les radars allemands de détection des vols anglais. A la fin 1939, les allemands possédaient déjà des bases radar (Sylt, Wangerroge). Ranchal était-il une base de radar aérien dont les anglais avaient déjà connaissance ?

Le 19 juin 1940, c'est l'invasion du Rhône par les troupes allemandes qui passèrent par Chauffailles puis le col des Echarmeaux et la vallée d'Azergues (On parle de 168 véhicules et de 3 à 4 000 hommes). Une colonne motorisée  bifurqua au col des écharmeaux pour traverser Ranchal et stationner pendant une heure aux filatures.
En 1942, les occupants n'étaient certainement pas revenus dans la région de Ranchal depuis ce jour de 1940. 
Fin 1942, le terrain choisi pour l'établissement du camp n'est pas très arboré, seulement quelques sapins disséminés, des arbustes et des fougères. Deux civils allemands arrivent à Ranchal, un ingénieur et un traducteur (Ils logèrent à l'hôtel aux écharmeaux puis à l'hôtel Bancillon de Chansayes.) Deux entreprises vinrent ensuite pour travailler avec environ 150 ouvriers. (Lapalette, Paris et Mayat, Lyon).

Toute l'industrie textile de la région avait périclité à cause de la guerre et de nombreux habitants n'avaient plus de travail. Le recrutement du personnel pour la construction du camp de Ranchal se fit par deux allemands. Plusieurs Ranchalais y travaillaient. Les Ranchalais voyaient le soir des groupes importants d'ouvriers redescendre au dessus du village à travers les près. Par le trajet le plus court, ils rejoignaient le bourg ou certains logeaient dans les maisons du village et où beaucoup prenaient leur repas à l'hôtel restaurant Burnichon. Tous les terrassements étaient faits à la pelle et à la pioche. Le personnel n'était pas très actif puisque très peu motivé pour travailler avec l'envahisseur. La plupart étaient des chômeurs qui le faisaient par nécessité vitale et des jeunes des classes 1940-1941-1942, concernés par le service du travail obligatoire,  ils évitaient ainsi d'être déporté pour aller travailler en Allemagne.

La surface du camp était d'un peu plus de trois hectares, 270 m de long et 140 m de large. Tout le matériel arrivait par wagons en gare de Chauffailles et de Belleroche, des transporteurs locaux prenaient le relais jusqu'au col des écorbans.

Un jour, le camp en construction fut visité par l'officier supérieur allemand à l'origine du camp, le général Kammhuber venu inspecter les travaux (Photo ci-contre). Il a indiqué clairement que les jeunes employés ici au titre du STO devraient partir en Allemagne pour travailler là-bas. L'un d'eux a alors immédiatement déserté (Monsieur Desfeuillet). Peu après cette visite, les gendarmes français sont venus au camp pour chercher les « STO », certains se sont alors échappés, puis, devenus réfractaires, ils durent se cacher jusqu'à la fin de la guerre.

L'occupant avait semble-t-il  privilégié l'installation rapide d'un radar, avec son poste de commandement, il était alors interdit au personnel d'accéder à la partie haute du camp ou seule l'entreprise Lapalette était intervenue. Les premiers soldats allemands sont arrivés en août 1943, ils logeaient chez les habitants de Belleroche et de Poule (A Poule, ils étaient des « malgré-nous » belges).

Un petit cirque s'était installé à Poule. Un soir, pendant le spectacle, un clown raconta des histoires contre les « boches », les militaires allemands présents dans la salle n'eurent aucune réaction. Un jeune homme de Poule, a voulu par curiosité voir le camp et une sentinelle l'a intercepté, on l'a simplement fait travailler le reste de la journée puis libéré le soir. Les troupes qui surveillaient ces camps radars étaient bien différentes des autres unités allemandes. C'était les « Luftnachrichten » (Les nouvelles de l'air). Heureusement pour la population, les ordres devaient être d'éviter toute action violente à l'égard des habitants de chaque région, même à l'égard des curieux venus observer. Il semblerait que les allemands avaient quelques problèmes de ravitaillement, ils allaient de ferme en ferme mais les agriculteurs n'étaient pas très disposés à leur égard. Malgré cela, apparemment, ils ne procédèrent à aucune réquisition. Ils avaient de bons rapports avec la population, faisaient leurs courses dans les épiceries, consommaient au café avec les gens du pays mais aucun d'eux ne fréquentait l'église, même le dimanche pour le culte. L'interprète civil (Monsieur Kallenbach) s'était installé avec sa femme et ses deux filles dans une maison du bourg de Ranchal réquisitionnée . Ses deux petites filles allaient à l'école et parlaient bien le français, ce qui n'était pas le cas de leur père. (Kallenbach a été fusillé à Poule au lieu dit "la scierie" le 14 juin 1944 par la résistance car accusé, à tord selon certain, d'avoir dénoncé les résistants de Thel. Enterré provisoirement à Poule, sa femme revint quelques temps plus tard  pour faire rapatrier son corps en Allemagne.)

Certains témoignages font état d'une parabole métallique au camp. L'emplacement du camp à 870 m d'altitude entre les vallées de la Saône et de la Loire confirme l'hypothèse « radar », en effet ces deux fleuves servaient de repères et de guidage pour les avions et surtout pour les vols de nuit anglais effectués à la pleine lune. Le camp ne possédait pas de défense antiaérienne mais il pouvait être équipé d'une balise radio pour guider les avions ainsi que d'un système d'écoute permanent des longueur d'onde de la chasse aérienne comme dans les autres bases. D'autres bases radar ont été construites par les allemands dans la région, notamment en 1942 à Montagny les Buxy (Saône et Loire) et à Chazelles sur Lyon (Loire). Les constructions étaient semblables à celles de Ranchal, bâtiments préfabriqués sur des assises bétonnées avec isolation grâce à de la laine de verre (Matière encore inconnue dans la région à cette époque).

En 1944, les allemands du camp se sentaient entourés de tous cotés par les maquisards. Les actions de sabotages de la résistance contre les lignes de chemin de fer de la vallée d'Azergues devenaient de plus en plus fréquentes. La ligne téléphonique du camp était régulièrement coupée et les allemands qui rentraient en permission par cette ligne disparaissaient souvent sans laisser de traces. (Voir témoignages de Monsieur Latour et de Monsieur Michaudon)

Peu après le 6 juin 1944 (débarquement), les allemands procèdent au démontage complet des installations, du radar, des équipements et des bâtiments préfabriqués du camp. Tous ces matériels furent acheminés en gare de Belleroche par les mêmes transporteurs locaux que pour la construction. 
Ces derniers, originaires de Propières, ont réussi à subtiliser les éléments d'un bâtiment qui a ensuite servi de salle des fêtes pour leur village près de la mairie. Ce bâtiment fut appelé "la cabane noire" et  on arrêta de l'utiliser vers 1970 pour cause de non-conformité aux normes de sécurité.

J'ai retrouvé à Propières la personne qui a détruit la cabane en 1970, il a récupéré le plancher allemand et l'utilise toujours chez lui ! Belle qualité, non ?

Selon certaines informations non vérifiables, les Allemands du camp de Ranchal seraient tous tombés sous les balles de la résistance près de Belleville sur Saône alors qu'ils essayaient de rejoindre leur pays, on peu plus vraisemblablement penser qu'ils sont repartis dans les trains lors du déménagement du camp.

Annexes :
Des recherches sur internet m'ont permis de mieux connaître Le général Kammhuber :
Josef Kammhuber, fils d'un fermier, est né à Alz en 1896. Il a rejoint l'armée allemande en tant que volontaire en 1914 ou il combattit à Verdun. En 1933 il est transféré dans la « Luftwaffe ». Le 17 juillet 1940, Hitler lui confie le commandement de la chasse aérienne de nuit (Nachtjagd-Division). Il est à l'origine de la ligne de défense alliant chasseurs de nuit et radars qui porte son nom : la ligne Kammhuber qui s'étendait du Danemark au centre de la France et dont Ranchal était l'un des derniers camps radar. Il est mort en 1986.


Le Général Kammhuber
serrant la main d'Hitler.


Radar Wurzburg Riese (Musée de Douvres la D.)

Type de radar : Mes dernières recherches dans les archives de guerre allemandes m'apprennent que les deux radars ranchalais étaient de type Wurzburg Riese FuMG 65.(Parabole de 7.5 mètres de diamètre, balayage à 360 degrés, fréquence 560 mhz).
Le radar Würzburg fut conçu en 1936 chez Telefunken. Après deux ans de mise au point, le premier modèle opérationnel fut présenté à Hitler en 1939. Le modèle Riese (géant) fut l'aboutissement de la recherche (1941). Il permettait de mesurer la distance, le relèvement et le site des appareils, avec une précision d'environ 15 mètres. Construit à 1.500 exemplaires, le Würzburg Riese a été utilisé en radioastronomie longtemps après la guerre. On peut encore en voir un à Douvres la délivrance dans le Calvados (Photo ci-dessus)

Ces radars étaient les piliers de la défense anti-aérienne allemande et allaient souvent par deux. Pendant que l'un traquait les appareils et les suivait, l'autre réglait les tirs de la DCA (Flugabwehrkanon ; "Flak" en abrégé) ou guidait les chasseurs chargés de l'interception (Junkers 88G et Messerschmitt BF 110, basés à Bron, à Ambérieu et à Valence).

Compagnie affectée au camp de Ranchal : 17ème Flugmelde-Leit Kompanie / Ln.-Rgt 51.

Nom de code allemand de la station radar de Ranchal : "Bernhardiner". Les noms de code des stations radars commençaient toujours par la première lettre de la ville la plus proche. Pour Ranchal, le nom "Bernhardiner" commence par un B comme "Belmont". En français, il signifie "Saint Bernard" dans le sens de la race canine. (Nous aurions pu tomber plus mal, un camp français portait le nom de code "Bastard"...)

 


Radar Wurzburg Riese FuMG 65

Intérieur de la cabine du radar


Ecran du radar


Ecusson d'uniforme "Luftwaffe"

Zone de couverture : Sur la carte ci-contre extraite des archives militaires allemandes, nous voyons bien la zone de couverture du radar "Bernhardiner". D'un rayon de 30 kilomètres environ elle s'étend jusqu'à Roanne, Villefranche et Mâcon.
Sortant de cette zone, les avions alliés entraient dans celles couvertes par les radars de Chazelles sur Lyon au sud (Nom de code "Falter"), Décines Charpieu au sud-est (Nom de code "Leguan"), Bourg en Bresse au Nord Est (Nom de code "Maulwurf"), Montagny les Buxy au Nord (Nom de code "Buchfink"). On visualise bien le chevauchement et la complémentarité de ces différentes zones sur la carte ci-contre.

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Le bâtiment volé aux allemands en 1944 qui a servi de salle des fêtes à Propières jusqu'en 1970.

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Croquis général du camp
et description des constructions

Pour vous rendre sur le site : De Ranchal, il vous faut rejoindre le col des écorbans (sur la route départementale D 10 en direction  des écharmeaux)  puis prendre le chemin de terre qui part à droite direction sud est vers le col de Favardy. Les premières ruines sont le long du chemin sur la droite à environ 400 m du col. (Voir plan ci-contre) cartecamp.jpg (25130 octets)

 J'ai dessiné le  petit croquis ci-dessus pour vous permettre de vous orienter dans le camp. L'emprise au sol des bâtiments était tout de même de près de 3 000 m2 !  De nos jours on peu y dénombrer les restes de 12 constructions : (Voir plan général ci-dessus)
L'idéal pour une visite complète est d'imprimer le guide (Cliquer sur "imprimer le guide pour la visite" en haut de page). Grâce au plan, vous pourrez trouver facilement chaque bâtiment et lire leurs descriptions en les parcourant. En lisant l'histoire du camp à vos enfants sur place, vous pourrez déborder sur toute l'histoire de la deuxième guerre mondiale et leur donner ainsi un excellent cours d'histoire tout en leur faisant prendre un bon bol d'air .

1 : Embase hexagonale de radar (tenant dans un cercle de 4.65 m) haute de 1.20 m. Dans chacun des 6 angles, une tige filetée haute de 35 cm et de 35 mm de diamètre servant à la fixation du radar.

Photo 009.jpg (56807 octets)

2 : Assise en béton d'un bâtiment de 9 m sur 6m. (54 m2)

3 : Réservoir d'eau potable ressemblant à un blockhaus et couramment nommé ainsi par les Ranchalais. C'est un cube de béton de 3.45 m de coté et de 3.22 m de haut avec des piliers contreforts de chaque coté. Le seul accès est une petite ouverture sur le dessus. Il pouvait contenir environ 17 mètres cubes d'eau et était alimenté par une pompe depuis le captage d'une source sous le col des écorbans (Aujourd'hui captage de la commune). NB : J'ai eu la surprise lors de ma dernière visite de le trouver à moitiè plein de divers objets métalliques : panneaux, plaques automobiles, sécateurs rouillés, tondeuse à gazon etc.… On se demande vraiment pourquoi quelqu'un a pris la peine de venir dans le bois puis de monter sur le réservoir et enfin de faire passer ces objets par la petite trappe ???? et  transformer ainsi le vestige en dépotoir…

Photo 011.jpg (38333 octets)

4 : Assises de bâtiments de 87 m. de long apparemment équipé de 12 cheminées. (Surface au sol : près de 1000 mètres carrés !) Ce bâtiment à l'air de présenter en partie les mêmes disposition que le numéro 5, il devait donc partiellement servir de dortoir. La partie de l'édifice en forme de « T » abritait la salle de contrôle des radars, on le sait car les autres camps avaient la même.     

5 : Assise de bâtiment long de 42 m. large de 12.5 m. (Surface : 525 m2.) En suivant l'escalier extérieur, on remarque un couloir central. De part et d'autre étaient disposées des cheminées tous les 6.5 m. On peut imaginer un cloisonnement entre chaque cheminée et donc 7 chambres de 27 m2 de chaque coté soit 14 pour ce bâtiment.

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6 : Réservoir d'eau à ciel ouvert de 8 m de long, large de 4.4 m et de 3 m de profondeur. (35 m2). Couramment appelé « la piscine » par les Ranchalais, il devait être un réservoir d'eau prévu en cas d'incendie. Pour éviter un accident, des forestiers l'ont partiellement comblé avec des branches.

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7 : Assise de bâtiment de 42 m de long sur 13 m de large (Surface 546 m2). Les témoignages parlent d'une façade de baies vitrées coté escalier lui donnant un bel aspect. Il devait servir de foyer et/ou de restaurants aux militaires. La grosse cheminée encore debout était peut être celle des cuisines. Il reste une ouverture (2.7 m / 1 m) sur la gauche du bâtiment donnant accès à une salle souterraine qui était, semble-t-il un abri souterrain.

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8 : Assise de bâtiment  long de 56 m et large de 13 m (728 m2). Dalle en béton de 75 m2 sur la droite du bâtiment.

9 : Seul bâtiment important construit en dur et encore debout aujourd'hui. Longueur 9 m largeur 7 m (63 m2), il était surmonté d'une tour dans le haut de laquelle arrivait la ligne électrique haute tension tirée depuis le transformateur de Ranchal. Se trouvait là également un transformateur. Comme dans la bases radar de Montagny les Buxy (71), un groupe électrogène devait certainement se trouver dans l'autre partie du bâtiment pour prendre le relais en cas de coupure (bombardement ou sabotage).

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10  : Assise de bâtiment carré de 5 m de coté (25 m2). Peut être le poste de garde de  l'entrée du camp ?

11 & 12 : Une embase de radar identique à la première se trouve à 200 mètres environ  au sud de celle-ci (à droite sur la carte). Une assise de bâtiment de 9m de long et de 6 m de large (55 m2) se trouve à 35 m au Nord Est de cette embase.

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ANNEXES

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TEMOIGNAGE SUR LE CAMP ALLEMAND DE MADAME FOREST RENEE

En 1942, j’habitais à Belleroche et, dans toutes les fermes ou il y avait une chambre libre, les allemands nous avaient obligés à prendre un des leurs, à le nourrir et le loger. Il y avait tous les corps de métier pour construire le camp, notre hôte était un serrurier. Je ne sais pas si nous étions dédommagés pour cela, j’étais une enfant et ce n’était pas mon problème. Il s’agissait donc des allemands qui travaillaient au camp pour la construction, ils ne sont pas restés très longtemps car, une fois le camp terminé, seuls quelques uns restèrent pour l’exploitation des radars, ils devaient alors tous loger sur Ranchal.
  Belleroche à l'époque

Nous faisions partie des rares familles à posséder un poste TSF, notre hôte allemand ne parlait pas français mais il nous avait fait comprendre qu’il aurait aimé venir le soir avec des amis pour pouvoir écouter les informations allemandes. Nous avions accepté mais nous n’aimions pas trop cela car, le soir, ils étaient entre 5 et 10 à la maison, personnellement j’avais 12 ou 13 ans et cela m’effrayait un peu.

 
Un poste TSF de l'époque
Chez nos voisins logeait le chef du camp, il s’appelait Eric, nous lui avions demandé l’autorisation de passer sur le chemin qui traversait leur base de façon à pouvoir nous rendre sur nos terrains au dessus du camp allemand (terrains que j’ai toujours). A l’époque, nous plantions des sapins, le garde du radar du haut avait pris notre pioche pour nous montrer qu’il savait planter les arbres et qu’il était de la campagne.
 
Radar du "haut"

Nous ramassions aussi de l’herbe et surtout nous coupions des fougères pour dégager les plants et faire la litière des animaux. Nous avions donc besoin de passer par le camp avec nos vaches attelées et notre char. Il nous avait accordé le passage sans difficulté et il avait fait prévenir les postes de garde notamment celui qui se trouvait en permanence au bord de l’actuelle route goudronnée.

A l’époque, ce n’était pas boisé comme maintenant, c’était un terrain vague avec quelques arbres épars qu’ils avaient bien laissés et qui leur servaient à se camoufler, ils avaient aussi tout peint en vert camouflage. Tout était très bien fait et ils pensaient certainement rester longtemps ici. Nous avons d’abord vu cette belle baraque qui était toute vitrée et qui se trouvait au bord du chemin, celle dont la montée d’escalier est toujours là. Grâce à ce vitrage, ils voyaient tout ce qui passait par le chemin, quand un de leur camion nous barrait le passage, ils sortaient immédiatement pour le ranger. Nous n’avons jamais été ennuyés par eux, ils étaient vraiment amicaux.
 
Ruine de l'escalier du bâtiment vitré

Une chose nous avait marqué, c’était la laine de verre qu’ils utilisaient pour l’isolation, nous ne connaissions absolument pas cela, ils en avaient déposé un tas en vrac au fond du chemin, on aurait dit un tas de bourre de coton, c’était du verre effilé très fin qui piquait les doigts si l’on essayait de le toucher. Même s’ils avaient la possibilité de tourner sur leur axe, les radars étaient fixes, celui du bord du chemin était dirigé vers la vallée de la Saône et celui du haut vers le Roannais.
Nous étions là haut derrière le camp le jour ou les avions alliés sont venus bombarder Poule, nous les voyions tourner et nous ne savions pas ce qu’ils voulaient faire. Craignant qu’ils ne viennent bombarder le camp des allemands, nous sommes partis. Ils cherchaient en fait à couper la voie de chemin de fer et à détruire la gare de Poule mais toutes les bombes ont raté leurs cibles. Le camp était donc effectivement bien camouflé et les alliés n’avaient pas connaissance de son emplacement précis. La nuit nous entendions passer des avions alliés et le matin nous trouvions les champs couverts de tracts, je ne sais plus du tout ce qu’il y avait dessus. Je ne me souviens pas avoir trouvé des bandelettes d’aluminium comme Monsieur Forest de Saint Vincent.

Quand ils sont partis et ont tout démoli, nous habitions sur la route entre les Aillets et Belleroche et nous avons vu passer les camions avec les radars qui descendaient à la gare de Belleroche (gare par laquelle ils étaient également arrivés).
 
Radar Wurzburg Riese FuMG 65

Ils expédiaient aussi du matériel et des bâtiments préfabriqués par la gare de Poule mais je me souviens que la résistance avait, à l’époque envoyé à pleine vitesse des locomotives sans chauffeur dans le grand tunnel de Poule pour qu’elles déraillent et se renversent à l’intérieur, bloquant ainsi la voie. Au début de la guerre, le tunnel était gardé, les allemands mobilisaient les hommes de Belleroche, en général des personnes âgées pour monter la garde aux entrées du tunnel. Je pense que c’est la mairie qui avait reçu cet ordre et qui géraient les tours de garde.

C’était étrange, à Favardy des coups de feu étaient tirés régulièrement par le maquis mais les allemands du camp ne se déplaçaient jamais. Ils devaient avoir conscience qu’ils étaient bien là au lieu d’être sur le front Russe. Je me souviens du bistrot de Monsieur Corget à Polcy, ils y étaient tout le temps, c’était toujours plein.


Polcy

A l’époque la nourriture partait toute à la réquisition donc nous cultivions un peu de blé là haut sans le déclarer pour pouvoir manger à notre faim et nous passions pour cela à Ranchal, chez Monsieur Dubost ou nous allions le passer à la batteuse. Quand les Allemands sont partis, je me souviens des Ranchalais qui montaient au camp avec les vaches et les tombereaux pour récupérer tout ce qu’ils pouvaient. Les gens de Propières avaient, quant à eux, détourné un bâtiment complet qui leur a servi par la suite de salle des fêtes.

J’ai entendu dire, comme beaucoup, que peu d’entre eux seraient repartis chez eux, qu’ils auraient été tués sur le chemin du retour mais je ne sais pas si cela est vrai. De toute façon, si c’est vrai, c’était de la bêtise, ces gens là étaient des humains comme les autres et ils n’avaient jamais fait de mal à personne ici.

(Ceci est la retranscription d'un témoignage oral recueilli le 31 décembre 2009 par le webmaster)

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TEMOIGNAGE DE MONSIEUR LATOUR

Je vous livre ici le témoignage de Monsieur Gilbert Latour qui m'a aimablement envoyé un double de sa lettre à Monsieur le consul d'Allemagne. Hanté par le souvenir douloureux d'un épisode vécu à l'âge de 11 ans, il avait noblement décidé d'informer le consul pour permettre une éventuelle identification de la victime et ainsi, l'information de sa famille qui doit se contenter depuis le tragique décès d'un laconique "mort en mission" (Suite à ce courrier des recherches ont été faites en Allemagne par les services dédiés mais elles n’ont pas abouti)

"En 1944 ma famille habitait Lamure sur Azergues. Mon père était agent SNCF à la gare. En 1943 l'armée allemande avait installé une base d'observation (C'est ce que disait la rumeur publique) à Ranchal. Un soir des derniers jours de mai, je n'ai pas mémorisé la date mais c'était avant le 6 juin, j'allais vers 19h30 à la gare, pour rejoindre mon père qui terminait son service à 20 heures. Son collègue de nuit (20h / 4h) que je nommerai par ses initiales H.G. arriva en avance. Il hésita, semble-t-il en raison de ma présence, puis raconta les évènements de la nuit précédente. Parmi les voyageurs arrivés à 20h45 par l'unique train quotidien reliant Lyon Saint Paul à Lamure, il y avait un soldat allemand. H.G. ayant procédé au garage du train, regagna le bureau 20 minutes plus tard, la nuit était totale. Le soldat était revenu et lui fit comprendre qu'il désirait passer la nuit à la gare. Aller à Ranchal à pied en pleine nuit offrait beaucoup d'incertitude. Plus tard H.G. était occupé à des écritures tandis que le soldat était adossé à une grosse presse à relier posée sur une table. Soudain par une fenêtre latérale, H.G. et le soldat virent passer trois hommes, quelques secondes après ils entraient dans le bureau. Je passerai sous silence ce qui fût une mise à mort. Si plus tard, cela s'avérait utile je pourrai écrire ces détails sordides. Celui qui paraissait être le chef du groupe fouilla le mort et dit "Il est Polonais". Ce détail semble sans intérêt puisque, compte tenu de l'histoire de l'Allemagne (Silésie, Poméranie, Prusse orientale etc.) il était normal que des milliers de militaires allemand portent un patronyme à consonance polonaise. Mais ramené à la petite garnison de Ranchal, cela devient plus précis. H.G. du insister pour que les assaillants emmènent le cadavre. Peu de personnes ont dû connaitre où et comment ils se débarrassèrent de ce fardeau encombrant. Je ne sais pas si l'autorité militaire ouvrit une enquête, ce soldat n'ayant jamais rejoint Ranchal. A aucun moment, jusqu'à la libération, début septembre, les cheminots de Lamure furent interrogés.
Entre mon père et moi jusqu'à son décès en 1964 (Il n'avait que 61 ans) jamais ce drame ne fut évoqué. H.G. l'unique témoin quitta Lamure deux ou trois années plus tard, en raison d'une promotion."

Merci beaucoup Monsieur Latour pour ce témoignage qui nous éclaire sur les disparitions que j'évoquais dans mon "histoire du camp".

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TEMOIGNAGE DE MONSIEUR MICHAUDON

A la lecture de cette page, Monsieur Yves Michaudon nous fait part de son témoignage intéressant puisqu'il nous éclaire sur une autre des disparitions évoquées ici (Ou s'agit-il de la même ?) :

"Je viens de lire l'excellent article sur le camp allemand dont j'avais entendu parler par mon père originaire de Poule et j'aimerais apporter un témoignage.
Mon grand-père Camille Descroix était employé par la SNCF et dirigeait une équipe de cantonniers chargés de l'entretien des voies. Il occupait avec ma grand-mère le logement de fonction de la gare de Claveisolles.
Pendant l'occupation il dut un jour se rendre au lieu-dit Le Bois d'enfer où il trouva, près des rails, le corps d'un soldat allemand. Probablement un permissionnaire qui rentrait au camp et avait été abattu par la Résistance.
Craignant des représailles sur les villages environnants, il prit l'initiative, avec son équipe, d'enterrer le long de la voie le corps du soldat qui fut probablement porté déserteur et qui s'y trouve certainement encore..."


"Mon père quant à lui,  m'a souvent raconté que le fil téléphonique qui reliait le camp était régulièrement coupé."

Une excellente initiative qui a peut être sauvé des vies. Malheureusement la datation est impossible, Monsieur Descroix étant décédé en 1984.
Merci Monsieur Michaudon pour ce témoignage.


Image d'illustration (Soldat allemand en Normandie)

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CRASH D'UN AVION A PROPIERES

Le site "Patrimoine en haut-Sornin" (Propieres) nous raconte l'histoire passionante du
Crash d'un avion allemand en 1944 à la Roche d'Ajoux :

http://www.patrimoine-haut-sornin.fr/histoire%20contemp4.htm

J'ai retrouvé les restes du crash perdus au coeur d'une forêt magnifique sous la roche d'ajoux :

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LE VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

Voici un livre qui mérite le détour et qui mérite sa place ici car...il commence au camp allemand de Ranchal. C'est en fait l'engagement d'un homme dans la résistance qui débute par l'espionnage du camp, son histoire a été admirablement reconstituée par son fils dans un livre historique de 300 pages, émouvant et très intéressant qui vient de paraitre.
(Ce Monsieur a vu son père pour la dernière fois à l'automne 1943 chez Félix Longin au lieu-dit "goutte-romaine" à Saint Vincent de Reins ou il logeait pendant la guerre - tout témoignage serait le bienvenu)

Vous pouvez l'acheter en envoyant un cheque de 23 euros à : (20 euros + 3 euros de frais de port)


Couverture

Michel Caron, 6 rue Anne Frank
38550 St Maurice l’Exil.

Tél . 04 74 86 59 07
port. 06 21 87 10 82

michel.caron32@sfr.fr


Michel Caron (père)
alias Maurice Carrier
dans la Résistance

 
 
 
 
 

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